Ostéopathie et endométriose, Marcq-en-Barœul (Lille)
Une maladie encore trop souvent mal comprise
L'endométriose touche environ 1 femme sur 10 en âge de procréer. En France, le délai moyen entre les premiers symptômes et le diagnostic est encore de plusieurs années. Ce chiffre résume à lui seul une réalité que beaucoup de femmes connaissent bien : des douleurs intenses, des examens, des doutes, des professionnels qui minimisent, et une impression de ne pas être entendue.
J'ai commencé à mieux comprendre cette réalité non pas seulement dans les livres, mais en lisant les échanges dans des groupes de discussion en ligne dédiés à l'endométriose. Ce qui revenait le plus souvent : des femmes qui avaient enfin reçu un diagnostic, mais sans explication claire sur ce que ça voulait dire pour leur corps, leur vie, leurs options. Un compte rendu d'IRM ou de coelioscopie entre les mains, sans clés pour le lire.
C'est pourquoi, dans ma pratique, je prends systématiquement le temps de parcourir les comptes rendus médicaux avec mes patientes, de montrer sur des schémas anatomiques où se situent les lésions, ce qu'elles font mécaniquement dans le corps. Comprendre sa propre anatomie, c'est déjà reprendre un peu de pouvoir sur ce qu'on vit.
Ce qu'est l'endométriose simplement
L'endomètre est la muqueuse qui tapisse l'intérieur de l'utérus. Chaque mois, sous l'effet des hormones du cycle, il s'épaissit pour accueillir une éventuelle grossesse, puis se détache lors des règles. Ce processus est normal.
Dans l'endométriose, des cellules similaires à celles de l'endomètre se développent en dehors de l'utérus : sur les ovaires, les trompes, le péritoine, le rectum, la vessie, les ligaments utérins, parfois plus loin encore. Ces cellules répondent aux mêmes variations hormonales que l'endomètre. Elles s'enflamment, saignent, cicatrisent. Cycle après cycle, elles créent des adhérences, des nodules, des zones de tension dans les tissus.
C'est précisément là qu'intervient l'ostéopathie parce que ces lésions se développent souvent sur les fascias, ces membranes conjonctives qui enveloppent et relient toutes les structures du corps entre elles. Quand les fascias pelviens sont pris dans des adhérences endométriosiques, ils perdent en mobilité, en souplesse, en capacité d'adaptation. La douleur n'est pas que hormonale elle est aussi mécanique.
Les symptômes au-delà des règles douloureuses
L'endométriose ne se résume pas aux douleurs de règles, même si elles en sont souvent le premier signe visible. Les symptômes sont variés et dépendent de la localisation et de l'étendue des lésions :
- Douleurs pelviennes chroniques, en dehors des règles
- Douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunie)
- Douleurs à la défécation ou à la miction, surtout en période menstruelle
- Fatigue chronique importante
- Troubles digestifs récurrents, ballonnements, transit irrégulier
- Impact sur la fertilité dans certains cas
Cette diversité de symptômes contribue au retard diagnostique : ils peuvent évoquer d'autres pathologies, être traités séparément, sans que personne ne fasse le lien.
L'errance médicale, une réalité documentée
Ce que j'observe en consultation correspond à ce que beaucoup de femmes décrivent : des années à consulter sans diagnostic, des douleurs banalisées, un sentiment d'être incomprises. Cette errance n'est pas anecdotique, elle est structurelle et reconnue par les autorités de santé elles-mêmes.
En 2018, la Haute Autorité de Santé (HAS) et le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) ont publié des recommandations spécifiques pour améliorer le parcours de soin des femmes atteintes d'endométriose. Ces recommandations reconnaissent notamment le rôle de la sage-femme comme acteur de soins primaires dans le dépistage et le suivi.
D’ailleurs les professionnelles qui orientent les patientes atteintes d’endométriose au cabinet d’ostéopathie sont généralement des sages-femmes.
Ce que fait l'ostéopathie et ce qu'elle ne fait pas
L'ostéopathie n'enlève pas les lésions endométriosiques. Elle n'agit pas sur les mécanismes hormonaux de la maladie. Ce serait malhonnête de le prétendre, et ce n'est pas son rôle.
Son action se situe sur les conséquences mécaniques de la maladie dans les tissus. Les cellules endométriales qui se développent sur les fascias créent des zones d'adhérence, de tension, de perte de mobilité. Ces restrictions fasciales ont un impact direct sur la douleur ressentie : elles limitent la capacité des organes à bouger librement, freinent la circulation sanguine et lymphatique, et contribuent à entretenir un état inflammatoire local.
Le travail ostéopathique cherche à identifier ces zones de restriction et à leur redonner de la mobilité par des techniques douces et spécifiques. L'objectif n'est pas de supprimer la maladie mais de réduire la charge mécanique qu'elle impose au corps — et donc d'en diminuer l'expression douloureuse au quotidien.
Dans mon expérience, ce sont souvent les patientes elles-mêmes qui m'ont le plus appris sur cette pathologie. Leurs recherches, leur connaissance fine de leur propre corps, leur capacité à décrire précisément ce qu'elles ressentent et où tout cela nourrit le travail en séance et me permet d'adapter mon approche à chaque situation.
Une prise en charge qui ne peut pas être isolée
L'endométriose nécessite une approche pluridisciplinaire. L'ostéopathie seule n'est pas suffisante et elle ne prétend pas l'être. Elle s'inscrit dans un ensemble qui peut inclure :
- Un suivi gynécologique spécialisé, voire chirurgical selon l'étendue des lésions
- Un accompagnement par une sage-femme spécialisée (suivi du cycle, hormonothérapie, conseils au quotidien)
- Une prise en charge de la douleur chronique si nécessaire
- Un soutien psychologique ,vivre avec une maladie chronique douloureuse a un coût émotionnel réel
- D'autres approches complémentaires selon les besoins : nutrition, yoga, kinésithérapie
Mon rôle dans cet ensemble est d'apporter un regard sur la mécanique du corps, de travailler sur ce qui peut l'être manuellement, et d'orienter vers les bons professionnels en fonction de ce que j'observe en séance.
Comment se déroule une séance
La première séance commence par un échange long, parfois très long. L'histoire de la maladie, le parcours diagnostique, les traitements déjà essayés, les zones douloureuses, ce qui aggrave ou soulage. Je regarde les comptes rendus d'imagerie si vous en avez, et je vous explique ce que j'y lis en termes anatomiques concrets.
Ensuite vient le temps du bilan manuel. Test de la mobilité du bassin, des viscères, du diaphragme, des fascias pelviens, du rachis lombaire et sacré. Je cherche les zones de restriction qui correspondent à ce que vous décrivez, et je vous explique mon ressenti avant de commencer à travailler.
Les techniques sont douces, non invasives, entièrement externes. La séance dure 60 minutes. Je fournis en fin de séance un résumé de ce qui a été travaillé et ce que vous pouvez observer dans les semaines suivantes.
Questions fréquentes
L'ostéopathie peut-elle aider avant même d'avoir un diagnostic ?
Oui. Si vous présentez des douleurs pelviennes chroniques ou des dysménorrhées sévères sans cause identifiée, l'ostéopathie peut intervenir sur la mécanique en attendant ou en parallèle du parcours diagnostique. Elle peut aussi vous aider à mieux localiser et décrire vos douleurs, ce qui est utile lors de vos consultations médicales.
Peut-on consulter après une chirurgie de l'endométriose ?
Oui, et c'est même souvent pertinent. Les cicatrices de coelioscopie, comme toute cicatrice, peuvent créer des adhérences dans les tissus environnants. L'ostéopathie peut travailler sur ces tissus cicatriciels pour leur redonner de la mobilité, quelques semaines après l'intervention selon les recommandations du chirurgien.
Combien de séances sont nécessaires ?
Il n'y a pas de réponse universelle. En général, deux à trois séances permettent d'évaluer ce que l'ostéopathie apporte dans votre situation. Pour une pathologie chronique comme l'endométriose, un suivi régulier espacé de plusieurs mois peut être envisagé en complément du suivi médical.
Faut-il être en période douloureuse pour consulter ?
Non, et ce n'est pas nécessairement le meilleur moment. Consulter en dehors des épisodes douloureux permet un travail plus précis et un meilleur ressenti des effets. Cela dit, si les douleurs sont très invalidantes, une séance de soulagement reste possible.
Pour aller plus loin
Lien → Santé de la femme, page générale (/sante-de-la-femme/)
Lien → Ostéopathie et douleurs de règles
Lien → Ostéopathie, fertilité et PMA
Lien → Nina Guéneau, sage-femme spécialisée endométriose (Marcq-en-Barœul)